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17/10/2017

Road to chattanooga c'est fini !

posté à 11h55 dans "Saison 2017"

Il n’y a pas loin de 20 ans, j'entrais pour la première fois dans un dojo. Au mur était épinglé le code moral : Politesse, Courage, Sincérité, Honneur, Modestie, Respect, Contrôle de soi, Amitié… Je sortais de là avec ma première licence sportive, dans le club de mon village.
Pendant près de 16 ans, Jean Marc et Hervé, mes professeurs m'ont accompagné dans "La voie de la souplesse", ceinture après ceinture, compétitions après compétitions, j'ai évolué, souvent souffert mais toujours pris du plaisir... Nous étions un groupe : les 93/92, nous avions débuté ensemble et nous sommes pour la majorité allé jusqu'à la ceinture noire. Lors de ma remontée de ligne (rituel de remise de la ceinture noire), Gérard le président du club de l'époque m'avais rappelé une chose : "minot, la ceinture noire ce n'est pas une fin, c'est le début, c'est maintenant que tout commence". Aujourd’hui j'ai compris... du haut de mes 16 ans, j'entrai dans la vie d'adulte petit à petit, cette ceinture tant désirée pendant des années allait être un formidable tremplin pour ma vie de jeune homme mais aussi et surtout de sportif... Qu'est-ce que tous ces souvenirs, viennent faire dans un récit de course ? Vous allez bientôt comprendre...

Nous sommes le 7 septembre au matin, j’atterris dans la petite ville de Chattanooga dans le Tennessee. Petit aéroport de province qui accueille un flot continu de triathlètes avec de grandes banderoles aux couleurs du championnat du monde. Premier pas dans ce monde un peu irréel : le triathlon et ses travers poussés à leur paroxysme. Les deux jours qui me séparent de la course sont particuliers, comme toujours il y a le retrait des dossards, les reconnaissances des parcours, la visite de l’expo IRONMAN... mais ici tout est différent, l’ambiance n’est pas celle d’une course classique… J’ai l’impression de revivre les veilles de course à Embrun.
Jour de course, traditionnel réveil a 4h30, petit déjeuner dans la chambre puis direction l'aire de transition. Le soleil se lève tout doucement pendant que je retrouve mon vélo déposé la veille. Je gonfle et fixe ma nutrition sur le cadre puis je sors du parc et je rejoins ma famille. Il reste 2h avant que mon groupe d’âge ne s’élance. Le départ est un rolling start par vague : chaque groupe d’âge s’élance séparément et dans chaque vague, 10 athlètes partent toutes les 15’’. Cette procédure a pour but d’étaler les 2500 partants sur près de 2h pour éviter le drafting mais en réalité cela entraîne pas mal de stratégie pour profiter de la situation et pouvoir « profiter de la règle » pour ne pas dire tricher... Finalement je rentre dans l’aire d’appel après avoir enfilé ma combinaison (et oui, vu le courant et malgré la température supérieure à la réglementation, les arbitres autorisent la combinaison…). C’est à mon groupe d’âge de se présenter sur le ponton de départ. Je me place dans les premiers car je ne suis pas là pour penser aux stratégies malsaines. La quatrième vague vient de s'élancer, les bips du starter débutent, les secondes s'allongent, j'ai l'impression de revivre en l'espace de 10" toutes mes courses, chaque instant de bonheur, de souffrance... puis mon corps se met à bouger, c'est le moment de découvrir une nouvelle histoire. Je plonge, je me retrouve en tête de ce petit pack, je décide de ne pas suivre la trajectoire des autres nageurs et je me mets à couper le courant, choix payant puisqu’au premier virage je suis seul et j'ai déjà repris plusieurs nageurs de la vague précédente... la partie la plus dure débute : près de 1000m à remonter le cours du Tennessee...
Je fais le choix de frôler au maximum les bouées qui servent de repère de distance pour profiter de l’abri qu'elles offrent ... c'est toujours ça de pris ! Le demi-tour arrive enfin, j'essaie de prendre la ligne perpendiculaire au courant pour me faire déposer sur le dernier virage. S'en suit une dernière ligne droite avant la sortie de l'eau. 27'50" pas mon meilleur temps nat mais vu le courant ce n’est pas si mal que ça ! Le vainqueur du jour (le vice champion olympique 2012) sortira en 24'. Il est temps de rejoindre mon vélo. Lui et moi c'est un peu comme un couple, parfois ça fonctionne, parfois on rame mais à la fin on se réconcilie toujours... (Bon ok là je pars loin, mais c'est que je l'aime mon vélo !). N'ayant pas repéré en vélo le parcours en entier, je décide de gérer totalement au capteur tout comme au Long de l’Alpe. La recette avait eu l'air de fonctionner à merveille ! Les premiers kilomètres en ville se passent bien, je double les groupes d'âges partis avant moi et les sensations sont plutôt encourageantes. Là je me rassure en me disant que finalement je suis en canne... Début de la bosse, c'est rempli de monde, ça crie, ça chante et toi comme un con tu te retrouves à 400W... Bon aller on a dit 360 jusqu'au sommet pour pouvoir accélérer ensuite ! Je me calme et reste sur mon allure cible, ça monte bien, pour le moment personne de ma catégorie ne m'a repris. Je ne suis pas mécontent d'en terminer avec ces 6 km d'ascension, la moyenne a bien baissé mais maintenant le parcours devrait être plus roulant... La remontée des vagues précédentes se poursuit, c'est assez bizarre d'être dans cette configuration. De mémoire je ne me suis jamais retrouvé dans cette situation puisque je suis toujours parti parmi les premières vagues lors de mes précédents longs... Le parcours est vraiment casse pattes, les faux plats descendants s’enchainent, entrecoupés de quelques gros pétards. Le genre de tracé où tu peux rouler très vite mais où tu peux aussi très vite être planté ! Les kilomètres défilent, quelques gars me doublent et là, je ne m'amuse pas à relancer, ça appuie trop fort... J'arrive au 60e kilomètre, la route fait un aller-retour et ça permet de croiser quelques concurrents. Je me remémore la phrase d’Erwan à la cérémonie des slots à Aix : « là-bas pour le drafting oublie sinon tu va vriller »... Je comprends mieux en croisant ces packs d’athlètes. Certains ont de bonnes excuses, mais on a toujours le choix...
Il me reste une vingtaine de kilomètres à parcourir au milieu des champs et forêts du Tennessee et de la Géorgie.... L’endroit est magnifique, à chaque maison aussi perdue soit elle, les gens sont sur le bord de la route pour nous encourager... Je vis ce moment à fond, les sensations ne sont vraiment pas terribles mais je me régale à être là ! Je termine mon parcours vélo comme je l’ai débuté : seul ; pendant que des groupes me reprennent. A l’entrée de la ville Erwan me dépasse en me criant de venir. Il traîne une bande de mecs dans sa roue et visiblement ils ne sont pas prêts de le lâcher. J’attends que le dernier du pack passe et je me mets à 12 mètres. Je tente de suivre le rythme jusqu’à T2… Heureusement qu’il ne restait que quelques kilomètres. Je pose le pied à terre, fini de rire... 2h26' qui m'ont paru une éternité ! Je jette mon vélo à un bénévole puis je me dirige vers l’aire de transition. J'arrive pour me changer et je croise Erwan, "t'as encore fait un vélo de boucher ?!" "Non non 2h16 facile" ok bon aujourd’hui on n’est pas sur la même planète lui et moi ! Je m’élance sur le semi, il y a du monde de partout c’est impressionnant... je me calle à mon allure : 13.5/14 dans les pieds d’un australien 1km, 2km pour l’instant tout va bien les grosses difficultés sont concentrées à partir du 5e kilomètres. Le parcours emprunte une voie rapide puis un parc en bord de rivière, cela permet de retrouver un peu des jambes après les dégâts du parcours vélo. Passage au 5e km en 22.45 parfait, 13,2 de moyenne je ne demande pas mieux... Les kilomètres s’enchaînent, je commence à imaginer un semi en 1h35 qui me ferait terminer aux alentours des 4h30/4h35... pas vilain au final... les choses sérieuses commencent, première vraie difficulté : un bon pétard de 300m suivi d’un pont qui nous mène de l’autre côté du Tennessee où là, le véritable chantier s’annonce... Km 8 c’est parti pour la plus grosse difficulté du parcours : un espèce de mur sur 800m « Baisse les yeux ça passera mieux », adieu mes chers quadri ! Il y’en a qui marchent, d’autres qui trottinent et de temps en temps tu as un ovni qui te grimpes ça a 16km/h en toute simplicité pendant que moi je suis planté à 11,5... à ce moment mon cerveau imagine deux options :
Option 1 : je suis en train d’exploser comme un pop corn et dans pas longtemps ça ne va pas être beau à voir.
Option 2 : je vais me refaire une santé et ça va repartir tranquillement...
Réponse dans quelques instants ! Le parcours se poursuit par une courte descente avant de faire demi-tour dans un lotissement, on remonte tout pour retourner en direction du bord de la rivière et du parc vélo... un jour faudra vraiment que je discute avec ceux qui tracent les parcours...
Je retraverse le Tennessee et je me retrouve au départ de la boucle... 58’30 pour un peu plus de 10 bornes, la moyenne a bien baissé mais c’est maintenant que la course bascule dans le bon ou le mauvais... Même si je suis souvent focalisé sur les temps ou mes allures, ici je suis un peu déconnecté ; il y a tellement de monde sur le bord de la route, une ambiance tellement particulière que quelque soit le résultat, quelques soient les sensations je prends un plaisir dingue... C’était un rêve et dans 10km il se termine « alors profite ». Km 15 retour dans la partie difficile du parcours à pied, j’ai enfin ma réponse : je me transforme en pop corn !
L’explosion est là, il reste 6 bornes qui vont être longues ! Mais pas grave je suis en train de découvrir de nouvelles choses. Jusqu’à présent je n’ai jamais été capable de prendre du plaisir quand ma course m’échappait ; aujourd’hui c’est tout l’inverse ! Et rien que pour cela, ça valait le coup ! La moyenne chute lentement mais sûrement, l’enchainement de la bosse et de la descente au bout du parcours parachève les dégâts. Je traverse une dernière fois le Tennessee puis je tourne à gauche pour rejoindre l’arrivée...
Je suis sur le long depuis 2012 et pour la première fois j’ai participé à un championnat du monde 70.3. « C’est déjà fini ». Heureux d’en avoir terminé avec l’effort, mais triste de clore cette aventure... 4h55’, 128e de ma catégorie, 808e au scratch... 20’ de trop qui équivalent à 640 places perdues au scratch...
La claque est à la hauteur de l’explosion mais le plaisir est là, l’aventure était belle et aujourd’hui une petite phrase que j’ai entendue en 2009 revient : « ce n’est pas la fin, c’est le commencement ». C’était un rêve, c’est devenu un objectif et une réalité grâce à ma famille, à mes amis et aussi à un petit groupe de judokas qui ont eu l’idée « d’investir dans le sport ».
Mais surtout c’était une expérience qui m’a fait me souvenir que sans modestie, sans courage, sans sincérité, sans honneur, sans respect, sans contrôle et sans amitié, le sport et la vie ne sont pas pareils...

 


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